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Causerie

Le déplorable accident qui a causé la mort des deux braves pompiers Miraillet et Devaux a eu son épilogue au conseil municipal.

Tout le monde s'accorde à reconnaître que la catastrophe a eu pour causes le petit nombre de pompiers présents au feu et l'insuffisance du service d'ordre. Si les pompiers avaient été plus nombreux, les assistants n'auraient pas eu à leur prêter main-forte pour déplacer la grande échelle et la manoeuvre se serait faite aisément. De même, si le service d'ordre avait été mieux organisé, le concours un peu tumultueux, apporté par le public aurait pu être contenu et sans doute l'accident ne se serait pas produit.

La conclusion à tirer de ces observations reconnues unanimement fondées, c'est, d'une part, l'urgente nécessité d'augmenter l'effectif des pompiers et, de l'autre, l'obligation non moins impérieuse de prendre des mesures pour que la police ait toujours des forces suffisantes sur pied dans les incendies.

Pour le second point, c'est à la Préfecture de s'en préoccuper ; pour le premier c'est l'affaire du Conseil municipal. L'assemblée communale n'a donc pas à se formaliser qu'on le lui dise et les édiles qui ont demandé, mardi soir, avec tant d'acharnement et de fracas la tête du commandant Rangé, tout simplement parce qu'il a réclamé des réformes dans l'organisation du bataillon, me semblent avoir perdu une belle occasion de ne point s'emballer.

Sans doute M. Rangé a eu tort de parler de ces choses au cimetière, sur la tombe à peine fermée de ses hommes. Sans doute aussi il l'a l'ait en termes que l'émotion rendait peu mesurés. Mais on ne révoque pas les gens pour une telle peccadille. Cela valait tout simplement une réprimande, donnée par le maire en son cabinet.

En somme, les choses finiront probablement de celle façon paternelle, si j'en juge par la teneur de l'ordre du jour voté par le conseil. Mais on aurait pu épargner au public une séance à vociférations, dans laquelle certains conseillers ont montré, tout à fait hors de propos, une susceptibilité vraiment excessive.

C'est par Aïda, monté avec un soin scrupuleux et joué par des artistes déjà consacrés que s'ouvre noire saison d'opéra. Je pourrai parler plus longuement, la semaine prochaine, des choses du Grand-Théâtre. Pour le moment il n'y a guère à glaner qu'à coté.

Le Progrès vous a appris déjà quelles améliorations ont été apportées pendant les vacances à notre première scène. D'abord la grosse innovation : rabaissement de l'orchestre. Nos oreilles ne seront plus choquées, comme autrefois, par les sonorités excessives issues trop souvent des trombones ou des cymbales : tous les sons ne parviendront aux auditeurs qu'adoucis et fondus dans une harmonieuse synthèse. Ce système offre en outre l'avantage de faire disparaître complètement les instrumentistes aux yeux du public, dont le plaisir n'est plus gêné ni distrait, soit pour le spectacle, soit pour la musique.

On a aussi remédié complètement aux défectuosités du chauffage. Ce n'était pas sans besoin ! L'année dernière, par les froids sibériens que nous avons eus, il fallait avoir des fourrures pour supporter la température qui sévissait à l'intérieur du Grand-Théâtre. Enfin on a rechampi les ors du rideau, repeint le manteau d'arlequin et l'avant-scène, rafraîchi et nettoyé toutes les dépendances de la salle...

La Direction, qui compte avec raison sur une saison brillante, car son tableau de troupes et son répertoire sont excellents, se propose d'instituer une fois par semaine, un jour « chic », probablement le vendredi ; on ne serait admis dans les loges, aux premières et aux fauteuils qu'en habit, smoking, ou tenue noire, et les femmes en cheveux ou en coiffure de Théâtre. C'est une tentative intéressante, dont le succès donnerait à notre opéra un caractère élégant et mondain qui lui manque par trop complètement.

On me dit aussi que les abonnés de l'orchestre se plaignent qu'on admette aux fauteuils les femmes ayant des chapeaux démesurés. Le fait est qu'il est impossible de voir ce qui se passe en scène, quand on a le malheur d'avoir devant soi une spectatrice dont le chef est orné d'un Gainsborough. Une réclamation plus originale est formulée par quelques habitués du parterre. Ces messieurs demandent instamment qu'on n'y reçoive plus les femmes, parce que la plupart d'entre elles ont de trop larges séants. Voilà une plainte qui ne viendrait pas à l'esprit de notre confrère Armand Silvestre!

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